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10 morceaux de référence pour évaluer un système Hi-Fi
Un bon moyen d’évaluer son système hifi…
Vous nous demandez souvent quelles musiques nous utilisons pour faire nos bancs d’essai. Bien sûr il y a toutes les musiques que nous vous présentons test après test, mais nous commençons toujours un banc d’essai par l’écoute de références. Ce sont des musiques particulièrement bien enregistrées, et dont nous connaissons toutes les coutures pour les avoir écouté des centaines de fois. Avec un peu d’entrainement, les écoutes de référence permettent de tout de suite se positionner sur la signature sonore de tel ou tel matériel.
Bien-sûr il est très difficile de vous présenter une liste exhaustive, tant nos écoutes de référence sont nombreuses. Mais si nous choisissons tel ou tel titre, c’est toujours pour écouter un ou plusieurs critères distincts. Certaines musiques permettent de déceler la capacité d’un système à retranscrire l’image de scène ; pour d’autres c’est la dynamique qui est en jeu, pour d’autres encore on écoute le grave, ou le timbre, ou la clarté de l’aigu, … Les écoutes de référence sont aussi nombreuses qu’il y a de critères.
Aussi nous avons décidé de vous présenter arbitrairement 10 écoutes de référence, sur la base de différents critères. Nous réitérerons l’expérience dans le futur pour étoffer cette liste.
Notre playlist Qobuz : 10 morceaux pour évaluer votre système Hi-Fi
Vous retrouverez ces titres dans notre playlist dédiée Qobuz, que voici : https://open.qobuz.com/playlist/72068788 (ou en tapant « Hifi Link – Ecoutes de référence » dans l’outil de recherche Qobuz, onglet « Playlists »).
La Complainte de la Butte, sur l’album Trio Sud, par Sylvain Luc :
Comme toute la discographie de Sylvain Luc, cet album présente de fortes qualités de prise de son et de spatialisation des musiciens. L’introduction qui laisse entendre la guitare en solo, est précieuse pour évaluer la vitesse en transitoires d’un système (on sent bien quand le système est rapide car les attaques de notes sonnent pleines et directes). Dans cette introduction il y a aussi une foule de bruits mécaniques (bruits de changements de position de la main sur le manche de guitare par exemple) et ces bruits permettent de bien évaluer la capacité d’un système à retranscrire les micros-détails.
À 00 min 49, lors de l’entrée du trio, on est attentifs à la lisibilité du grave à travers le timbre de la contrebasse. Quand le grave est bien restitué, on a une sensation de swing bluffante. Enfin, l’extreme précision de la stéréo (à l’enregistrement) permet de ressentir plus ou moins d’immersion dans la musique selon les systèmes, et selon le caractère plus ou moins directif de telle ou telle paire d’enceintes.
J.S. Bach: Organ Sonata No.4, BWV 528: II. Andante [Adagio], sur l’album Johann Sebastian Bach, par Vikingur Olafsson :
Cet album est sans doute l’album de piano le mieux enregistré que nous connaissons. La prise de son est simplement sublime. Nous profitons d’ailleurs de cet article pour féliciter publiquement l’ingénieur du son Christopher Tarnow pour ce coup de maitre. L’enregistrement de piano solo réussi est un « Graal » presque inaccessible pour tout preneur de son. Dans ce disque, chaque curseur est poussé au maximum : le plan sonore (distance par rapport à l’instrument) est parfait, l’instrument est parfaitement bien réglé, la scène sonore est remarquable (l’instrument prend pile la bonne largeur dans la rampe stéréo et la sensation d’immersion peut être totale selon les systèmes), et pour couronner le tout, l’acoustique du lieu de prise de son se marie parfaitement avec ce piano (enregistré au Harpa Concert House de Reykjavic). C’est vraiment rare d’arriver à un tel résultat, qui permet d’entendre chaque petit détail à sa juste place, et de faire cohabiter douceur et force du même instrument.
Nous écoutons souvent cet Andante car il est emprunt d’une vraie dynamique de concert. Cela permet de juger nos systèmes sur leur capacité à retranscrire pleinement cette grande plage dynamique. En effet, la pièce commence piano, va vers le mezzo-forte vers 1 min 25, puis redescend dans les nuances piano, et enfin entame un long crescendo allant jusqu’au fortissimo entre 3 min 05 et 4 min 45. Quand le système est bien réglé et que les mariages entre électroniques et enceintes sont bons, on a à faire à une nuance piano parfaitement lisible au début du morceau, et, sans avoir à changer le gain du pré-ampli en cours d’écoute, le forte de 4 min 40 doit sembler clair et éclatant, sans jamais agresser les oreilles. C’est cela, une dynamique bien restituée.
Aussi, il n’est pas rare que nous utilisions cet Andante pour juger d’un DAC. Nous le disons régulièrement dans nos articles, mais les pianos solos sont parfaits pour juger du réalisme d’un convertisseur. En effet le timbre du piano est si caractéristique (et celui-ci a fortiori !) que la moindre déformation harmonique du signal se fait entendre tout de suite par l’altération de ce timbre.
Woman in Chains, sur l’album The Seeds of Love, par Tears for Fears :
L’album The Seeds of Love de Tears for Fears est un chef d’oeuvre absolu. On écoute ce Woman in Chains pour sa grande dynamique, sa spatialisation dès l’introduction, sa réverbération si caractéristique qui fait durer la caisse claire à souhait, et ses voix qui nous permettent d’écouter tout de suite le medium et l’aigu – et donc le filtre qui lie le haut parleur de medium (ou de grave) au tweeter. Certains systèmes peuvent avoir tendance à rendre cette écoute montante, c’est à dire parfois un peu raide dans le medium-aigu. Quand le mariage entre les électroniques et l’enceinte est raté, l’aigu devient carrément agressif à haut niveau d’écoute, ce qui n’est pas le cas du tout quand l’association est bonne ; car dans ce cas l’énergie se déploie de façon équilibrée dans toute la largeur de la rampe stéréophonique et ne donne jamais l’impression de devenir percussive.
On écoute aussi attentivement la façon dont on perçoit tous les instruments de façon distincte, car dans la partie forte du morceau, certains systèmes peuvent avoir tendance à lisser les instruments en une sorte de douce cacophonie… quand d’autres au contraire continuent de faire sonner chaque source très lisiblement.
Too Darn Hot (Remastered), sur l’album The Boy Next Door, par Stacey Kent :

Et plus le système est fidèle (en fréquences et en dynamique), plus on entend aussi distinctement les articulations de l’instrumentiste au niveau du bec. On peut entendre les « consonnes » de l’instrument, chaque attaque de la langue contre le palet, et aussi le son du flux d’air dans l’instrument et les variations de ce flux d’air (parfois on entend même le saxophoniste faire vibrer ce flux d’air en fin de phrase !).
Le morceau présente aussi une image de scène intéressante, assez ouverte. Lors du solo de saxophone par exemple, on est attentifs à la façon dont guitare, piano, et contrebasse sonnent « précis » malgré leur niveaux sonores plus faibles.
Air on G String, sur l’album My Personal Favorites: The Jacques Loussier Trio Plays Bach, par Jacques Loussier :
Nous écoutons souvent ce morceau de Jacques Loussier, essentiellement pour la précision de l’enregistrement, la dynamique, et le détachement de chaque instrument. La contrebasse permet de « lire » facilement la signature d’un système dans le grave. Quand l’amplificateur et la paire d’enceinte sont bien mariés, on a une lisibilité totale de la corde de contrebasse, de la façon dont elle vibre, et dont elle « chante » même par moment.
Lors de l’introduction, le piano joue avec la pédale de résonance laissée enfoncée tout du long, ce qui permet d’entendre chaque note résonner de manière complètement naturelle, jusqu’à l’extinction de la note. On écoute donc très attentivement la façon dont les notes jouées doucement se passent le relais temporellement.
Dans le même temps, contrebasse et cymbale jouent le même rythme. Le trio imprime donc son image de scène dès les premières notes. Dès le développement du thème « sur la corde de sol », on a un vrai déploiement de la dynamique. L’entrée du thème doit faire l’effet d’un petit coup de fouet, et c’est le cas quand le système est fidèle. Plus tard dans le morceau, lors du solo de piano, Loussier déploie des grands forte dans les basses de l’instrument. A ce moment nous sommes attentifs à la façon dont ces basses se mélangent plus ou moins avec le timbre de la contrebasse. Sur une enceinte haut de gamme, les deux instruments ne se mélangent jamais. On continue de les percevoir parfaitement distinctement.
Mozart: Symphony No. 25 in G Minor, K. 183: I. Allegro con brio, sur l’album Amadeus, par l’Academy of St. Martin in the Fields :
Cette version de la Symphonie N.25 de Mozart est brillante, car elle mêle une interprétation incroyable (digne de St. Martin in the Fields…) et une prise de son hors du commun. Tout est réussi.
La spatialisation des sources gauche-droite est impeccable (on entend bien les violons 1 à gauche et les violoncelles et contrebasses à droite), mais on entend aussi très bien un étalement de différents plans sonores en profondeur : on perçoit très bien le quatuor à cordes au premier plan, et l’harmonie (instruments à vents) au second plan. Aussi, parce que la prise de son est très précise, on ne perçoit pas seulement les notes mais aussi des bruits mécaniques très précieux. En effet, par exemple à 1 min 14, les violons 1 et 2 jouent des traits en doubles-croches descendantes. Si votre système est précis en timbres, vous percevrez nettement les attaques mécaniques de ces doubles-croches, juste avant que les notes ne soient émises. Ces brèves attaques sont le bruit mécanique du crin de l’archet (et de la colophane) sur la corde métallique. C’est dans cette « épaisseur » du son que l’on trouve de l’émotion à l’écoute. Et cet Allegro con brio sait nous transmettre cette émotion musicale, quand la chaine est cohérente.
En résumé, scène sonore très précise en stéréophonie et en profondeur de scène, prise de son assez proche et présence de timbres complexes font de cette version une vraie référence pour nous.
Sonata III: Imitazione delle Campane, sur l’album Bach Before Bach, par Chouchane Siranossian :

Le compositeur, (contemporain de Bach et qui l’a inspiré directement) ne manque pas de se plier à l’exercice. Cette petite Sonata nous offre deux minutes de pure sensibilité. La violoniste change d’archet tout au long du disque pour adapter son timbre, et pour cette petite pièce, elle choisit un archet qui révèle totalement le timbre caractéristique du violon baroque dans les nuances piano (timbre plus épais et moins brillant que le violon moderne). Aussi nous nous servons de cette référence pour évaluer la charge harmonique d’un système ; car quand celui-ci se montre riche en harmoniques, le timbre de ce violon n’est jamais simplifié. On entend chaque attaque, chaque sibilante sur-aiguë créée par le crin de l’archet, et l’articulation de chaque note prend une dimension verticale (sur le plan fréquentiel)… Quand parallèlement, les systèmes plus pauvres en harmoniques (que l’on appellerait plus « froids ») ont tendance à « lisser » les articulations et à simplifier le timbre de l’instrument.
Enfin, tous ces petits détails fréquentiels doivent aussi transparaître à faible niveau d’écoute. Nous évaluons donc également avec ce titre, la capacité d’un système à jouer à faible niveau, sans simplifier les choses. Le système doit donner les mêmes sensations d’écoute qu’à niveau plus soutenu, en préservant la dynamique et la place que prennent les silences dans la musique.
Baby I’m A Fool, sur l’album My One And Only Thrill, par Melody Gardot :
De grandes qualités évidentes pour ce Baby I’m a Fool… Les cordes sont magnifiquement captées, la voix est sublime (et captée en close-micing, soit très proche), et la batterie jouée aux balais prend une place discrète mais elle doit rester parfaitement lisible.
On est surtout attentifs aux micros-détails de la guitare acoustique à 00 min 18 ; notez que sur un système assez résolutif, on n’entend pas seulement la main droite du guitariste, mais on entend aussi beaucoup de main gauche : celle qui change d’accords sur le manche. Ces « glissés » des doigts sur les cordes filées prennent une place plus ou moins forte selon les systèmes, ce qui nous en dit beaucoup sur leur lisibilité et leur signature sonore.
La voix de Melody Gardot nous intéresse aussi beaucoup, car le plan sonore très proche choisi par l’ingénieur du son permet de mettre en valeur tous les détails de cette voix : les consonnes, « l’air » dans la voix, le vibrato très maitrisé. Plus le système est fidèle, plus cette sensation d’intimité dans la voix nous surprend. Avec un bon convertisseur et un pré-ampli très fin et très musical, cette référence parvient souvent à nous donner la chair de poule…
Fragile (FIP Session Live in Paris at the Pantheon), sur l’album The Bridge, par Sting :
Cette version live est pour nous parmi les meilleurs titres de Sting en termes de production. La guitare est captée très proche, ce qui permet d’analyser finement la richesse de timbres d’une paire d’enceintes.
À partir de 00 min 25, le percussionniste frappe le cercle d’une darbouka. Ces coups de cercle constituent en réalité une grande variété de vélocités, d’attaques, et de timbres très légèrement différents. A la prise de son, aucun de ces coups de darbouka ne sont identiques. Sur un système très résolutif (notamment avec un DAC de grande qualité), on perçoit nettement ces petites différences de coups, tandis que sur un système moins précis, ces coups de darbouka semblent tous se ressembler.
Aussi, les voix (de Sting et des choeurs en backgrounds) sont captées de façon très naturelle et pas trop proche, ce qui permet d’évaluer très correctement le naturel du medium d’une enceinte.
You Look Good To Me, sur l’album We Get Requests, par Oscar Peterson :
Cet album (enregistré en 1964 !) est un chef d’oeuvre absolu. D’abord en termes de musique, c’est un sommet dans l’art du trio de jazz piano-basse-batterie. La prise de son sur bande magnétique est rudimentaire mais très efficace ; il n’y a pas de couple stéréophonique principal, qui donnerait une image globale et distante du trio. Chaque instrument est capté très proche, et placé au potentiomètre à gauche, au centre ou à droite sur la rampe stéréophonique. Cela donne par exemple une caisse claire 100% placée à gauche et une contrebasse 100% placée à droite, tandis que le piano est au centre et donc sonne dans les deux enceintes. Cette esthétique de placement panoramique extrême est très fréquente à l’époque (on la retrouve également dans le mythique Kind Of Blue de Miles) – et permet d’évaluer rapidement la scène sonore et le placement des enceintes, car on est habitué à cette image de scène caractéristique et donc on décèle facilement un déséquilibre de la paire d’enceintes ou un problème de « pincement » des haut-parleurs.
Autre caractéristique de cette version : le contrebassiste joue aussi bien à l’archet qu’en pizzicati. La partie à l’archet permet d’évaluer « l’épaisseur » du timbre dans le registre des graves, tandis que la partie en pizz nous aide à évaluer la vitesse de réponse du système dans ce même registre.
Enfin la caisse claire jouée aux balais permet de se faire une idée de la charge harmonique du système dans le medium-aigu ; cette caisse claire montre plus d’épaisseur fréquentielle sur des systèmes « chauds » (à tubes par exemple) et au contraire sonne plus nette sur des systèmes plus analytiques et neutres.









