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Les 30 disques les mieux masterisés du XXIe siècle

« 30 Best-Mastered Albums of the 21th Century »

L’excellent site audiophile américain Headphonesty a dernièrement regroupé les 30 albums les mieux masterisés du XXIè siècle dans cet article : https://www.headphonesty.com/2025/05/best-mastered-albums-century/?utm_source=fb&utm_campaign=reel . Nous souhaitions vous partager cette liste car nous la trouvions très intéressante. Il y a un vrai intérêt selon nous, à mettre en avant les meilleurs masterings depuis 2000, car c’est depuis cette période que les productions musicales ont souffert de ce que l’on appelle la « Loudness War », ou « guerre des niveaux ». Autrement dit, en vue des passages à la radio où tout est très compressé (aussi bien les voix que les jingles ou les pubs…), les ingénieurs du son ont depuis 2000 de plus en plus réduit la dynamique de leurs productions, de sorte que chaque morceau paraisse plus fort que les autres. Cette surenchère de niveaux sonores s’est bien évidemment faite au détriment du plaisir des audiophiles et des mélomanes… Et c’est cette « Loudness War » du nouveau millénaire qui explique en grande partie que nos albums de référence remontent en général aux années 60, 70, 80, ou 90. C’est justement contre cette idée que cette liste lutte… Il existe bel et bien des albums qui ont su contrecarrer cette guerre des niveaux, et préserver une dynamique d’écoute appréciable, et de qualité. 

Quelques notions techniques : Mastering, Dynamique, et DR (Dynamic Range)

Alors, tentons d’être précis. Le mastering, c’est l’étape de production (après l’étape de mixage), où l’ingénieur du son travaille sur le Master, c’est à dire sur la piste stéréo globale d’un album. Au mastering, on peut ajouter des effets globaux (par exemple une réverbération commune sur tout l’album), on peut aussi ajouter des effets ponctuels communs à toutes les pistes (un fade-out par exemple), mais on peut enfin et surtout, agir sur le niveau sonore de l’album, soit ponctuellement (avec un crescendo par exemple), soit globalement en agissant sur la dynamique ; réduire la dynamique, c’est cela que l’on appelle la « compression ». 

La dynamique (ou plage dynamique), c’est tout simplement l’écart en dB qui sépare les niveaux les plus élevés (« peaks ») des niveaux les plus faibles (silences, murmures, notes pianissimo). En musique classique symphonique, la dynamique à l’enregistrement peut être extrêmement élevée (dépassant parfois les 60 dB). C’est super quand on est au concert et que l’on écoute attentivement l’oeuvre sans rien faire d’autre – car cela exacerbe l’émotion musicale à l’écoute et donne une impression de grandeur – mais on est bien obligés de gérer plus ou moins cette dynamique au mastering, car 60 dB de dynamique dans votre salon vous forcerait à agir sur le gain de votre pré-ampli en permanence (sans parler de l’écoute dans une voiture par exemple, qui serait tout bonnement impossible : le bruit de fond du moteur et des roues masquerait les niveaux faibles, et les niveaux forts crieraient ni plus ni moins).

La gestion de la dynamique en production musicale est donc le nerf de la guerre : trop compressée la musique ne transmet plus aucune émotion (ce sont les nuances qui donnent du relief et donc de l’émotion), et sans aucune gestion de la dynamique, la musique n’est pas digeste à moins d’avoir une pièce d’écoute dédiée et parfaitement isolée du monde extérieur, et d’écouter de façon très attentive en ne faisant rien d’autre en même temps (ce qui, objectivement, est le cas de moins de 5% des situations d’écoute). 

Enfin, le DR (abréviation de Dynamic Range) est un indicateur anglo-saxon qui permet de se représenter facilement la dynamique d’une oeuvre ou d’un album entier. Le DR est exprimé en dB, et représente l’écart qui sépare les peaks du niveau moyen (et ne concerne plus cette fois-ci les niveaux les plus faibles ou les silences). Si l’on reprend l’exemple d’une symphonie qui présente environ 60 dB de dynamique à l’enregistrement, le DR va osciller (post-compression) entre DR16 et DR20 (ce sont là des valeurs très élevées de DR). Le problème de la Loudness War, c’est que la plupart des musiques que l’on entend aujourd’hui à la radio (tous styles confondus) ont des valeurs inférieures à DR5 (ce qui est très pauvre). Voyez sur ce graphique, l’évolution des DR au fil des années : 

Evolution des DR au fil des années

Zoom sur notre set-up pour l’écoute de la playlist :

Les 30 disques les mieux masterisés du XXIe siècle-APL hifi Mcintosh

Zoom sur le serveur/player, le DAC et le pré-ampli (APL et McIntosh)

Pour apprécier au mieux ces 30 albums, nous avons souhaité déployer un set-up d’exception (voir photo en tête d’article). Pour les sources, il s’agit du serveur/player APL NSP GR relié au DAC APL DSD MR. Ce DAC attaque le pré-ampli McIntosh C12000 (en deux modules séparés), et ensuite le signal est amplifié par les blocs mono McIntosh MC2.1 kW, qui pilotent la Wilson Audio Chronosonic XVX. Un set-up exceptionnel qui swingue, donne de l’ampleur à la musique, et délivre une rapidité étonnante. Egalement, c’est un système qui ne pardonne pas les musiques mal enregistrées ou mal mixées. Il « dit la vérité ».

Quelques exemples d’albums intéressants :

Alison Krauss et Union Station, New Favorite :

Alison Krauss et Union Station, New Favorite

Une jolie voix américaine qui se situe quelque part entre la folk, la country, et plus particulièrement le bluegrass. Dans cet album paru en 2001, elle se fait accompagner par Union Station, qui excèle aux banjos et guitares jouées au bottle-neck. (On entend le groupe seul dans la deuxième piste, The Boy Who Wouldn’t Hoe Corn, et aussi dans Choctaw Hayride, au tempo plus élevé). L’album est remarquable de précision sur toutes les cordes, et les voix sont enregistrées avec une esthétique de live, pas trop proches. Dans The Lucky One, on perçoit une image de scène parfaitement maitrisée. Et les détails dans la voix d’Alison Krauss laissent entendre ce qu’une enceinte de grande qualité sait faire de mieux. 

L’article de Headphonesty nous révèle un DR13 pour la version SACD et un DR11 pour le CD (disponible en streaming). Pour un disque de country, c’est une belle dynamique !

Steely Dan, Everything Must Go :

Steely Dan, Everything Must Go

Paru en 2003, Everything Must Go est le dernier album du groupe jazz-rock Steely Dan. Il présente une vision très libre de l’enregistrement en studio, et pousse la précision au maximum avec une batterie très bien captée (la snare est tout de même très compressée, faisant paraitre le drum-kit un peu lisse). La basse de Walter Becker est présente sur toutes les plages et apporte un groove très entrainant (elle est impeccablement captée elle aussi). C’est un album très bien réalisé, qui fera le bonheur des audiophiles. Le pressage vinyle original présentait un DR16, ce qui est énorme pour le style. Nous n’avons pas l’info pour le CD, qui semble toutefois garder une belle dynamique. On en profite pour vous conseiller aussi l’excellent album Morph The Cat  de Donald Fagen en solo, également dans la liste de Headphonesty, et de la même qualité de production. Paru en 2006, Morph The Cat en vinyle original présente un joli DR15 !

Ali Farka Touré & Toumani Diabaté, In The Heart Of The Moon :

Ali Farka Touré & Toumani Diabaté, In The Heart Of The Moon

Remarquable immersion dans le monde de la kora malienne, ce disque de 2005 est un duo subtil entre Ali Farka Touré, guitariste et chanteur malien parmi les plus influents d’Afrique, et Toumani Diabaté, sans doute l’un des tous meilleurs joueurs de kora. Le jeu de kora de Diabaté est plein d’ornements ce qui en fait une musique parfois presque baroque… Et l’album est une belle archive du duo car Ali Farka Touré nous a quittés en 2006 et Diabaté en 2024. In The Heart Of The Moon obtient en 2006 le Grammy Award du meilleur album traditionnel de musique du monde. Il présente une grande précision d’enregistrement des deux instruments, qui, sur un système bien équilibré, ne se confondent jamais. 

Gordon Goodwin’s Big Phat Band, Act Your Age :

Gordon Goodwin’s Big Phat Band, Act Your Age

Quoi de mieux pour juger de la dynamique d’un disque que ce Act Your Age du Big Band de Gordon Goodwin? Du bon funk, du groove, de l’énergie, que demander de plus? 

Mention spéciale à la présence de Chick Corea au piano dans Señor Mouse, morceau de sa composition. Globalement dans ce disque, tout est bien enregistré, de la section rythmique aux claviers en passant par les backgrounds de cuivres… Et la dynamique naturelle de cette musique a été formidablement préservée en studio. C’est un album qui saura révéler le meilleur de votre système par sa grande dynamique, son image stéréo très large et très bien définie, et sa diversité de timbres et de styles. Chose assez rare pour être notifiée : l’album a bénéficié d’un mix surround 5.1, disponible en DVD.  

Beck, Morning Phase :

Beck, Morning Phase

Avec Sea Change, Morning Phase est le deuxième album de Beck mis en avant par cette liste de Headphonesty. Sorti en 2014, il marque le grand retour introspectif du musicien. 

Beck Hansen est un homme-orchestre, et auteur-compositeur américain, emblématique de la scène alternative. Connu pour son éclectisme, il navigue avec aisance entre folk, rock, hip-hop et électro. L’album déploie des sonorités folk et psychédéliques, baignées d’une douce mélancolie. On y entend des guitares acoustiques, et une belle inventivité dans les harmonies chantées. Chaque morceau invite à un voyage calme, et à la réflexion intérieure. Les arrangements subtils créent une atmosphère apaisante et profonde. Récompensé par le Grammy de l’Album de l’année, il a conquis critiques et auditeurs. Morning Phase est une œuvre lumineuse, idéale pour les moments de calme et de contemplation.

Punch Brothers, The Phosphorescent Blues :

Punch Brothers, The Phosphorescent Blues

Avec The Phosphorescent Blues, Punch Brothers signe un disque à la fois exigeant et profondément vivant. Le groupe y fait dialoguer le bluegrass acoustique avec une écriture résolument contemporaine. Les morceaux alternent entre tension, douceur et virtuosité sans jamais tomber dans la démonstration. Chaque instrument y trouve sa place dans des arrangements précis et parfois surprenants. Les textes parlent d’isolement, de lien humain et de quête de sens, avec une grande sincérité. La cohésion du groupe se ressent à chaque instant, comme un jeu en apesanteur. C’est un album qui demande de l’écoute, mais qui récompense largement l’attention.

The Phosphorescent Blues confirme Punch Brothers comme un groupe à part dans le paysage musical, et qui a su garder une vraie qualité de production malgré la guerre des niveaux propres aux années 2000. D’un point de vue audiophile, c’est très réussi !

Pat Metheny, From This Place :

Pat Metheny, From This Place

On connait Pat Metheny pour la diversité de ses albums. Ce From This Place ajoute un opus à ce panel étonnant. « J’ai attendu toute ma vie pour faire un tel disque », dit le guitariste à sa sortie. Il ajoute « C’est une sorte de point culminant musical, reflétant un large éventail d’expressions qui m’ont intéressé au fil des ans, étalées sur une grande toile, présentées d’une manière qui offre le genre d’opportunités de communication atteignables seulement avec un groupe de musiciens ayant passé des centaines de nuits ensemble à faire de la musique.» Dans You Are, il déroule un ostinato lent et envoutant autour d’un leitmotiv simple, sans jamais se répéter. Aussi, on apprécie fortement, dans Everything Explained, le tempo choisi, et la mélodie qui se déroule comme un roman. Sans parler du jeu de cymbales subtil de son batteur Antonio Sanchez. 

En bref, cet album jazz/fusion orchestral dessine un point d’orgue dans la carrière de Pat Metheny, et nous comble par ses qualités de mixage et de mastering. Il est doté d’une large bande passante, et d’une dynamique très bien gérée en studio. 

 

Bonne écoute de cette liste et à bientôt chez Hifi Link !

Les réponses sur “Les 30 disques les mieux masterisés du XXIe siècle

  1. CHABRIER dit :

    Merci beaucoup pour cet article essentiel contribuant à bien comprendre les critères à prendre en compte pour analyser un mastering. Taper du pied, être ému par un enregistrement, n’est le fruit d’aucun hasard et est la résultante certes avant tout de l’oeuvre en elle-même mais aussi incontournablement de toutes les technologies mises en oeuvre, de la captation à la restitution, de choix artistiques. Et là, il faut de la compétence, de l’expérience, du talent… non accessoirement du goût à toutes les étapes. C’est justement chez Hi-Fi Link que pour ce qui relève du matériel d’écoute et de sa mise en cohérence et condition, que toutes ces qualités, de plus en plus rares, se trouvent.

    1. Paul-Antoine dit :

      Merci beaucoup pour l’intérêt que vous portez à nos articles ! A bientôt !

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